dimanche 17 décembre 2017

Semaine du 11 au 17 décembre 2017 - Allumer


Après avoir tourné la page la semaine dernière à tort ou à raison, nous vous proposons d'en écrire une nouvelle sur le thème de votre choix en utilisant ces 5 mots évocateurs d'une idole qui s'est tue :
allumer souvenirs noir envie promettre
Vous aurez jusqu'à dimanche 17 décembre minuit pour nous envoyer votre texte à l'adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com

Tiniak - Allumer

Johnny d'Ormessong

Bon... « Avec souvent quelques larmes,... »
je peux rire de presque tout
Que l'On me tiennent pour un fou
ne saurait que flatter mon charme

« Il y a (...) mieux que s'agiter... »
L'ennui est un trésor de l'être
où l'instant se plaît à promettre
un feu propre à vous allumer

« S'évanouir entre souvenir
et projet » de vivre au présent
la question berce tous les temps
qui transforment notre avenir

« L'amour est torture » à comprendre
Il peut s'entendre en rouge et noir
il est affranchi du savoir
mais ne sera jamais à vendre

« Un peu d(') bonheur en compagnie »
d'une âme qui me tient la main
m'engage à goûter un festin
où la mort s'épuise à l'envi !


samedi 16 décembre 2017

Célestine - Allumer

Le crépuscule des héros

Tintin
- Capitaine ! Mais vous êtes noir comme un Polonais ! D’aussi loin que remontent mes souvenirs, je vous ai rarement vu aussi allumé, bel exemple pour la jeunesse !
Que vont penser les ligues antialcooliques ?
- Mille sabords, moussaillon, foin de ces bachibouzouks bien-pensants à la moule-à-gaufre de crème d’emplâtre, moi quand j’ai envie d’un bon whisky, faut pas m’en promettre, et pis c’est tout ! 

Lucky Luke
Tu vois, Jolly Jumper, ça me fait drôle de me retrouver dans cette maison de retraite…les héros du far-west n’ont plus la cote, que veux-tu…j’ai dû leur promettre de raccrocher le colt, mais je suis hanté par mes souvenirs. Et l’envie ne m’a jamais quitté d’en découdre, d’est en ouest du Pecos, avec ces allumés de Dalton. Alors ce soir, je suis un pauvre lonesome cowboy, et j’ai le noir.

Astérix
- Par Toutatis, quels souvenirs, mon gros ! Tu te rappelles, quand le scribe nous avait enfermés dans le noir de la grande Pyramide ? Il nous avait suffi de promettre un tas de gros os à ton petit Idéfix pour qu’il nous retrouve fissa la sortie…
- Je ferais dire à Môssieu Astérix que je ne suis pas gros, d’abord. Je suis enveloppé. Et si Môssieu Astérix continue à m’allumer avec ça, j’ai bien envie de le faire rôtir à la broche comme un vulgaire marcassin ! 

Où lire Célestine

vendredi 15 décembre 2017

TomTom - Allumer

Cette nuit j'ai rêvé que j'étais amoureux
Je suis troublé, ça faisait tellement longtemps
Que mes songes ne m’avaient pas rendu heureux
Et transporté dans la beauté de l’inconscient.

Elle avait des traits si fins et des yeux si clairs
Qu’ils ont effacé le noir de mes cauchemars
Pour colorer de bleu mes souvenirs amers
Et promettre à mes journées un nouvel espoir.

Moi qui vivais tel un robot, sans émotions,
Menais une vie d’intellect depuis ma tour,
Il a suffi d’une étincelle de questions
Pour un beau jour allumer les feux de l’amour !

Je n’ai eu d’autre choix que de tisser des vers
Pour capturer la douceur de cette fille,
Et pourtant déjà ma mémoire sévère
Laisse s’échapper l’onirique brindille.

Alors peu à peu son image s’efface,
Emporte avec elle l’envie d’avoir envie,
Mon oubli de vivre redevient tenace,
Mais de cet intermède j’ai été ravi.

jeudi 14 décembre 2017

Marie au Maroc - Allumer

Attention, danger ! (triolet)

Mes souvenirs sont explosifs,
Surtout n’allumez pas la mèche !
Promettez-moi d’être attentifs,
Mes souvenirs sont explosifs.

Le noir s’abattrait, décisif,
Sur votre envie, pauvre flammèche ;
Mes souvenirs sont explosifs,
Surtout n’allumez pas la mèche !

Où lire Marie

mercredi 13 décembre 2017

Joe Krapov - Allumer

24000 baisers

Bon, ce n’est pas bientôt fini tout ce tintouin autour des gens qui meurent ? Je rappelle qu’il est interdit, chez moi, de parler de médecine à table ! Si j’allume le bouton de la radio ce n’est pas pour entendre le panégyrique d’académiciens décédés, la nécrologie de chanteurs opticiens ou les louanges de patrons de journaux soutenus par la soutane !

Qu’ils reposent en paix ces braves types mais de grâce, ne me demandez pas d’allumer le feu, même si je viens d’en enflammer trois d’un coup, et de broyer du noir avec le survivant ! Excuse-moi partenaire ! Ce n’est pas l’envie qui me manque de fermer le poste pour rester gai. Simplement après le journal de France-Culture, une station déjà très nécrophile en temps ordinaire, j’ai l’habitude de ripper sur le jeu d’Emile Euro sur France-Inter parce que j’adore les quizz. Surtout les questions bleues de M. Krapov, de Rennes : « Y a-t-il un s à quizz quand il y en a plusieurs ? Y a-t-il un pluriel à buzz ? Est-ce que la bombe Pliz ? ».

C’est pourquoi je ferai l’impasse sur Jean d’Ormesson, Johnny Hallyday et François-Régis Hutin et je consacrerai mon éditorial de ce jour à tous les enfants qui sont nés la semaine dernière !

Vous venez d’entamer votre voyage au pays des vivants. Vous voici, derrière l’amour, arrivé-e-s sur la terre promise comme un chant d’espérance à la création du monde. Maman a perdu les eaux puis quelque temps après vous avez déclaré « Ouiiin ! Ouiiiin ! » à la douane de mer.

C’est une chose étrange à la fin que le monde et au début aussi ! Vous dites « au revoir et merci » à madame Placenta et on vous colle une claque sur les fesses ! De là vos premiers soupçons que je comprends très bien.
- Hey, Joe, demandez-vous, si on commence à bastonner dès maintenant on va finir les bras en croix avant d’avoir commencé à goûter à la saveur du temps. Les coups, ouais, ça fait mal !

Mais non, les gars les filles ! Simplement n’ouvrez pas grand le guide des égarés, n’écoutez pas les souvenirs souvenirs aigris de la génération perdue et bégayante, les prêches ou les litanies de ce sorcier maudit. Ne cédez pas à la fureur de lire la presse, délaissez le caniveau, ouvrez de vrais livres, écoutez vos musiques, vivez à tout casser ! Soyez les fils de personne, la fille aux cheveux clairs, profitez à fond de votre enfance, cette île sur laquelle Casimir mène la grande vie !

Le monde entier va sauter un jour où l’autre mais on s’en fout ! Il ne faut pas arrêter pour autant le jeu que tu joues. Tu es là. Dis-toi que tu as de la chance, qu’on trouve le bonheur à San Miniato , dans les illusions de la mer ou dans le vent du soir. Vis tes tendres années à fond, je te promets qu’elles peuvent durer longtemps, très longtemps ! Il n’y a rien à jeter, le temps ne fait rien à l’affaire, à tout âge le ciel nous fait rêver, la fille à qui je pense me rend aussi dur que du bois et aussi drôle que Dutronc.

En vrai, faites comme vous voulez ! Vous pouvez chercher les anges dans le regard des autres… ou pas ! Chaque vie est un rêve à faire et pour d’aucuns, parfois la Cadillac ou l’Eldorado. Si c’est du vent, il te permet de rester libre. Si c’est l’Himalaya tu peux chercher à y emmener Laura ou Gabrielle ou suivre l’étoile solitaire. C’est au plaisir de Dieu, ne pontifiera plus François Régis !

Vivez vos vies, vivez la Vie ! Tous les hommes en sont fous et les femmes aussi !

Moi, il faudra oublier ma voix de révolté, mon discours qui a la forme du testament d’un poète. Johnny est mort, Jean d’Ormesson ne va pas mieux, François-Régis Hutin n’enfoncera plus de portes ouvertes avec ses éditoriaux passe-partout et moi je vis toujours, nananère ! Le plus immortel des quatre n’était pas celui qu’on pensait !

Garçon, de quoi écrire, s’il vous plaît !

Où lire Joe Krapov

Marie Kléber - Allumer

Elan de vie

Tu te tiens là, blotti
Au creux de mes souvenirs
Le cœur rempli d’envies
Chacune d’elles, prête à me propulser
En pleine lumière
Fini le noir, terminée la nuit
Qui abolit l’espoir
Tu aurais pu me promettre la lune
Je t’aurai suivi
Je t’aurai regardé
Allumer en moi
L’étincelle
D’une nouvelle vie

mardi 12 décembre 2017

Estelle - Allumer

Rallumer le feu
flame-1363003_1280 pixabay

Allumer des bougies, ainsi chasser le noir,
Etre là réunis, une lueur d’espoir,
Souvenirs adoucis, sans perdre la mémoire,
Se promettre la vie, même s’il faut parfois choir,
Renouer avec l’envie, passer outre les déboires,
Le feu qui rejaillit, l’ultime victoire.

Où lire Estelle

Marité - Allumer

Louise, Léon et Johnny

- Mais il fait noir ici. Tu es là Louise ?
- Oui.
- Qu'est ce que tu fabriques ? On se croirait dans le cul d'un, enfin, dans un trou. Tu es où ?
- Là.
- Où, là ? Allume nom d'un chien.
- Non.
- Pourquoi ? Mais ma parole, tu pleures. Il est où Léon ?
- Me parle pas de Léon. Me parle pas de Léon !

Odette tourne le bouton et la lumière fut. Euh, la cuisine s'éclaire. Odette n'en croit pas ses yeux. Louise git sur le sol au milieu d'assiettes cassées, de sauce tomate dégoulinant, de saucisses à moitié mangées.
- Beurk ! C'est dégoûtant. Tu es tombée ?
- Tombée ? Tu veux rire. Léon est rentré tout à l'heure, complètement pompette. Et quand je dis pompette...Ivre-mort plutôt.
- On est en semaine. Et d'habitude, Léon ne va pas se saouler la gueule en semaine ?
- Mais Léon ne se saoule pas la gueule. Tu n'as pas honte de traiter ton frère comme ça ? Il va boire un apéro avec les copains le samedi seulement, tu le sais bien.
- Tu le défends ? Pourtant tu viens de me dire qu'il est rentré ivre-mort. Et on n'est pas samedi que je sache.
- Eh bien là il a fait une exception figure-toi.
- Il avait une raison ? Explique.
- La raison ? Ah, je vais te la donner la raison. La mort de son idole.
- Johnny ?
- Déjà, il m'a cassé les pieds tous ces derniers jours avec ses disques, la télé, les journaux. Voilà pas qu'il s'est fait la banane. Je te demande un peu. A son âge. Regarde, il a ressorti de je ne sais où les vieux posters et les a placardés sur tous les murs de la maison.
- Que veux-tu ! Les souvenirs ressurgissent. Tu l'aimais pas, toi Johnny ?
- Si. Bien sûr que si. Il me faisait pleurer quand il chantait sa Marie. Mais tout de même. Y a des limites.
- Essaie de comprendre Louise. Mon frère s'identifiait à Johnny. Léon et moi avons été élevés par notre tante Berthe, tu le sais bien. Comme Johnny. Enfin, sa tante ne s'appelait pas Berthe mais... Il a le même âge que Johnny. Et puis, il lui ressemblait un peu à dix sept ans. D'ailleurs, avoue-le : c'est bien cette ressemblance qui t'a attirée toi aussi ? Un bel ange blond, mon frère. - Odette sourit avec tendresse - Quand il a commencé à travailler aux abattoirs, il a économisé pour s'acheter une méchante guitare...
- Arrête. Tu sais quoi ? Ce matin, il est allé décrocher le crucifix au-dessus de notre lit pour se le mettre autour du cou. Avec de la ficelle. Tu vois le tableau ? Tu es sa sœur mais avoue que ça dépasse les bornes.

- J'ai envie de te dire que je le comprends.
- Et c'est pas tout : il y a la Paloma.
- La Paloma ? Mais c'est pas une chanson de Johnny ça !
- T'es bête. La motocyclette, la Paloma. Figure-toi qu'il est allé la récupérer au fond du poulailler où elle croupissait. Tu aurais vu l'état. Sa couleur dorée écaillée, la selle bi-place en léopard mitée...Il s'est mis en tête de lui rendre ses années de gloire. Il a passé la semaine à la nettoyer, la repeindre...
- Tu ne vas me dire qu'elle pétarade quand même ?
- Non. Mais il a promis de la remettre en état de marche.
- Tant mieux. Ça va l'occuper un moment. Mais raconte, qu'est-ce qu'il s'est passé ici ? Léon ne t'a pas frappée ?
- Oh non ! Jamais Léon ne m'a brutalisée. Seulement, tu sais bien que l'alcool le rend chagrin. Quand il est arrivé, il pleurait...De gros sanglots. Même quand il a perdu sa Mirette, sa chienne de chasse, la meilleure, la plus fidèle, il n'a pas pleuré autant. La mort de Johnny le tourneboule que ça en frise le ridicule, tiens.

- Allons. Allons. D'abord, pourquoi es-tu allongée par terre ?
- Comme je te le racontais, Léon est arrivé en pleurs. J'ai eu le malheur de hausser les épaules. Il l'a mal pris et il a balayé la table d'un revers de manche en me traitant de grosse dinde. Remarque, c'est de saison ! Je ramassais une assiette et j'ai glissé sur la sauce tomate juste quand tu es entrée.
- Pas grave du moment que tu ne t'es pas blessée. Mais où est Léon ?
- Il est parti se coucher en éteignant la lumière.

A ce moment, Léon sort de sa chambre, un peu honteux, va embrasser sa Louise en lui demandant pardon. Puis il se tourne vers sa sœur.
- Alors, sœurette, on se le danse ce twist ?

Souvenirs, souvenirs,
Il nous reste ses chansons...

Mamée - Allumer

Une idole s’est tue …

Une idole. ? Une idole qui s’est tue ?
S’agirait-il de Johnny ?
On l’appelait l’idole « des jeunes »…
Normal que je me pose la question …

Johnny, si tu es « l’idole qui s’est tue »
Alors je ne te connaissais pas assez
Ou bien je manque de sensibilité …
Mais, sincèrement, je ne t’ai pas adoré

Lorsque j’étais dans le noir
Tu n’as rien allumé en moi
Même si dans les souvenirs évoqués
Tu parlais d’amour, de bonté, de générosité

Peut-être ne t’ai-je pas assez écouté ??
Mais l’envie ne m’a jamais taraudée…
Peut-être suis-je passée à côté ?
Peut-être n’ai-je pas su t’interpréter ?

Enfin tu as beaucoup donné
A ceux qui t’ont aimé
Repose-toi maintenant
Je te le souhaite sincèrement.

Et pardonne-moi, Johnny
De ne pouvoir te promettre
De demander au Père Noël
Qu’il mette dans mes souliers …

Ton dernier CD …

Stouf - Allumer

Noir c' est noir, il n' y a plus d'espoir.

Le noir de mes souvenirs et l'envie de promettre l'idéal, de jouir encore et encore de cette noirceur
qui m'occupe, me semble propices à allumer gaiement un nouveau brasier de verbiages anodins
sans intérêt.
Oh et puis non ! :o) 

Tisseuse - Allumer

J’ai cru tant de fois allumer
L’envie de vie
J’ai dû tant de fois promettre
De faire sans démettre
Tendue jusqu’à trembler
Au risque de sombrer
Dans des fracas et des cris

Mais sur ce quai de gare
Une nuit noire
Emplie de brouillard
Rappelle des souvenirs
Des scénarios du pire

Juste partir à pied
Ce train n’est pas le mien
Juste partir à pied
Et chercher d’autres mains
J’ai encore dans le cœur des rêves fous
Que je confie au vent
Peut-être qu’il m’entend

Pouvoir léguer le trésor inouï
D’un rire d’enfant
Savoir aimer la senteur infinie
D’un trait d’encens
Incarner enfin l’envie
Des jours doux
Jusqu’à la nuit des temps

Vegas sur sarthe - Allumer

Supplique d'un oublieux

Je sais qu'un jour il fera noir, un noir à en oublier jusqu'à ses souvenirs, bien sûr j'aurai envie d'allumer au risque de me griller tout à fait mais ce jour-là promettez-moi d'éclairer ma lanterne...

Où lire Vegas sur sarthe

Cacoune - Allumer

Affamés

allumer de noirs désirs
enflammer le plaisir
se laisser juste séduire
s'abandonner au désir

les frontières, abolir
ma raison, défaillir
mon envie, dessaisir
mon appétit, rejaillir

laisser l'autre saisir
le cœur, le corps, envahir
lui donner mon choisir
s'abandonner à l'avenir

et jusqu'au plus loin s'ébaubir
à l'unisson de deux corps, s'épanouir
jusqu'à se promettre, s'évanouir
oublier demain, les souvenirs, enfouir

juste un besoin, fuir

lundi 11 décembre 2017

Laura Vanel-Coytte - Allumer

Allumer

Allumer une bougie à nos fenêtres pour l’Immaculée Conception, fête des lumières
Allumer une bougie devant la crèche, Avent, attente, suivre l’étoile jusqu’à NOEL
Fêter les années où je n’ai pas allumé de cigarette, me demander comment j’ai fait ce soir-là
Pour éteindre ma dernière cigarette, boire des bulles ou un café, pleurer sans volutes

Chasser les mauvais souvenirs comme une odeur de tabac froid, allumer le présent
Aborder l’avenir avec confiance, mobiliser une fois encore fois toute ma volonté
Pour me désintoxiquer de la culpabilité, se débarrasser de mes addictions aux remords
Utiliser les bons souvenirs comme moteur de confiance à toujours raviver.

Ne plus craindre le noir du sommeil comme un puits où tomber dans les angoisses
Fuir le noir des obsessions, les idées noires qui tournent en boucle dans la tête
Cracher mon monstre, vomir le pire pour digérer les paroles qui blessent
L’écrire pour y croire, le faire, s’y tenir comme pour l’arrêt du tabac

Comme une envie de tout foutre en l’air pour construire le dernier mur
De ma vie avec toi, repartir sur de bons rails pour arriver à une gare
Où poser des bagages trop lourds, garder juste nos baisers et caresses
Comme une envie de rotonde avec des locomotives qui circulent

Te promettre, me jurer comme on ne m’y reprendra plus, les pièges
Du sang, des vieilles attaches qui ressemblent à des entraves
Promettre de t’aimer encore, toi, me recentrer sur toi, reprendre des forces
Pour affronter le pire possible mais jamais sûr, envie d’avoir envie.

Chri - Allumer

Sur l’île.

Quand elle a appris la nouvelle (tout fini par se savoir, toujours et partout) elle s’est retournée. Deux fois. C’est que ça lui a fait
un choc, elle qui n’avait guère bougé depuis une dizaine d’années. Et puis la colère en elle s’est allumée :

Je m’appelle Marie Héloïse Montabord. J’étais si tranquille. Nous étions tous tellement au calme, à deux pas du bleu étincelant, couchés dans le sable blond, sous nos jolies tombes blanches. Ceux de l’Île venaient nous voir quand ils pouvaient. Il faut dire qu’ils venaient surtout après le passage des cyclones pour voir si rien n’avait bougé. Ils débarrassaient les allées des débris apportés, ils ratissaient le sable blanc, ils retapaient ce qui avait besoin de l’être et tout redevenait comme avant calme, paisible, fleuri des ces grandes fleurs exotiques et pas avec ces chrysanthèmes minables. Pourquoi ont-ils fait ce choix là ? J’ai peur en imaginant tous ces métros qui vont débarquer avec leurs blousons noirs, leurs lunettes noires, leurs fringues noires, leurs souvenirs noirs, leurs âmes noires alors qu’ici la couleur du deuil c’est le blanc… Et puis, la nuit, s’il se met à crier oui parce que pour moi, il crie même si vous vous dites qu’il chante. Enfin qu’il chantait. Désolée, ma musique à moi ce n’est pas la sienne. Sur la mienne, on DANSE, à deux, enlacés avec volupté alors que sur la sienne on se trémousse, on gigote, on s’agite. Seul à plusieurs mais seul. Il va falloir que je me bouche les oreilles. Je viens de voir qu’ils allaient le mettre à deux pas de chez moi, la tombe à côté. Ils ont commencé à creuser depuis deux jours.

Je sens, je sais, je devine que je vais être piétinée par des va-et-vient incessants et je n’ai pas envie de ça, je veux juste continuer à me reposer en paix. À mon âge on aspire plus qu’à ça, le calme et là j’y étais dans ce petit cimetière de Saint Barthélémy.


Quand il sera là il faudra que je lui fasse promettre de ne plus chanter ou alors seulement des
biguines gentilles.

Saura-t-il faire ça ?

Où lire Chri
Où voir les photos

Manoudanslaforêt - Allumer

Allumer la lumière, en ce matin blême
Sur les souvenirs
Chasser le noir qui les entoure
Envie de ne conserver que les meilleurs
Promettre, à cette aube, de vivre heureux

Andiamo - Allumer

Allumer le feu.

Le feu... Le feu Johnny Halliday, ils sont venus, ils sont tous là, même ceux du sud du Missouri, ils sont venus en souvenir du bon vieux temps du Rock n' Roll !
Il y a des blancs, des noirs... OH ! Sorry, là bas on dit des "blacks", mais on s'en fout !
Ils avaient tous envie de le voir, le "Frenchie" , le Froggy ! Alors l'idole, sitôt franchi le tunnel étincelant, il les a vu, depuis le temps qu'il en rêvait, il y avait Eddie Cochran, Buddy Holly, Jimi Hendrix et sa gratte diabolique, Little Richard, et même le précurseur Bill Haley, et bien sûr tout de blanc vêtu, la "banane" impeccable sur sa tête d'ange, "Le KING" !
Dans la pièce à côté, il avait l'air bien con Lucifer avec son barbecue minable, car eux, les vrais Rockers ont véritablement allumé le feu !
Puis à la fin de leur bœuf, ils ont tous regardé Johnny dans les yeux, soutenant un instant son regard si bleu :
- Tu vas nous promettre quelque chose, man
- J'écoute...

- Ne plus jamais chanter Davy Crockett avec sur le sommet de ton crâne, son bonnet à la con !


Pascal - Allumer

La Lorada

Raoul, chti pur malt, était et est encore le plus fervent des aficionados de Johnny ; depuis tout gamin, il suivait son idole à travers les émissions de variétés, les quarante-cinq tours et tous les magazines yéyé de la Presse. Sa chambre était constellée de posters, ses discussions n’étaient que pour lui ; il n’avait de cesse de raconter le premier concert auquel il avait assisté et cette révélation inouïe qui avait ceint son Johnny d’une auréole de Dieu. Un peu rocker, un peu bagarreur, un peu danseur de twist mais, toujours grand inconditionnel, il marchait dans les traces de son idole comme le seul exemple réel et viable pour affronter dignement sa vie et l’avenir.

Après l’obtention de son permis moto, pour faire sa place au milieu des bikers de sa ville, il s’était mis dans la tête d’aller trouver Johnny à Ramatuelle pour, ni plus ni moins, lui réclamer son blouson de motard. Connaissant ses largesses, il était sûr de revenir avec quelque chose, ne serait-ce qu’une poignée de mains, un tee-shirt, un simple autographe, n’importe quoi qui puisse officialiser sa rencontre avec son idole, devant les collègues.

Inconscient, comme un défi, il avait lancé à la cantonade : « Moi, je ramènerai le blouson de Johnny sur mes épaules ! Il avait déclenché l’hilarité générale de ses collègues vautrés sur leurs puissantes bécanes. « Hé Raoul, tu peux bien promettre, t’as même pas de moto !... » lui assenèrent-ils en sirotant leurs bières…

Comme l’espoir fait vivre, il a pris la route, Raoul. Au début des vacances de cette année-là, un casque sous le bras, pour si des fois on le prendrait en moto, il est descendu en stop sur la Côte. Journées pluvieuses, nuits dans les talus, routiers sympas, sandwichs rassis, petits matins frisquets, cafés tièdes, c’était les pierres du gué posées sur son parcours initiatique.

Dans le Var, il a découvert le soleil comme il ne brillait jamais dans son Nord ; d’une vitre de portière descendue, il a respiré des parfums capiteux qu’il n’avait jamais sentis. Tout à coup, devant lui, il a vu la mer ! Si bleue, elle dansait avec des reflets scintillants le long des golfes clairs ! Toulon, Hyères, La Londe, Le Lavandou, Le Rayol, Cavalaire, La Croix-Valmer, Ramatuelle, tous ces noms de villes et de villages sonnaient comme les refrains endiablés de « Gabrielle ».

Un complaisant automobiliste le laissa au bord de la route, la fameuse D93, sa Route 66 à lui. Le fabuleux quartier de l’Oumède, avec ses extraordinaires propriétés nichées dans la pinède, sa vue imprenable sur les plages de Pampelonne, l’hacienda mexicaine nommée « La Lorada », c’était sa destination.

Comme un gamin perdu dans la foule, dépaysé, il était sur une autre planète. Ici, rien ne ressemblait à ce que son imagination lui avait préparé pendant sa traversée du pays.

Dans ce présent d’apocalypse, écrasé sous la fournaise, assourdi par les cigales tapageuses, drogué par l’odeur capiteuse du bitume fondant, mélangée à celle des pins parasols, attiré par les mirages des plages de sable blanc alentour, dévisagé par les touristes étrangers rougeoyants, déboussolé, il erra dans les rues et les chemins. Enfin, à force d’obstination, il se retrouva devant l’immense portail de la « Lorada »…

Si loin de son Nord, la tête lui tournait. Il ne savait même pas si son idole était là, dans sa maison ; comme un berger guidé par son étoile, il avait poursuivi son intuition, se disant que la chance pouvait se trouver de son côté. Pourtant, confronté à la réalité brutale, les rondes des flics, les vigiles omniprésents, les gardes du corps baraqués comme des bêtes de foire, les curieux arpentant à longueur de journée le devant de la propriété, il se dit qu’il aurait bien peu de chance de rencontrer son Johnny…
A ce seul moment du périple, il se sentit floué, comme si on lui avait menti, comme si tous ses posters scotchés sur les murs de sa chambre n’étaient en fin de compte que de la poudre aux yeux, comme si le père Noël n’existait pas… Un instant, un instant seulement, sa fidélité sans faille vacilla sur ses bases ; l’envie s’était diluée. En plein doute, il renia son idole, lui trouvant même les défauts de la richesse pompeuse, celle qui éloigne à jamais des adorateurs les plus tenaces…

Il s’était aménagé une petite planque, pas loin de la demeure de l’artiste ; il y passait ses journées et ses nuits, oubliant souvent de se restaurer. De toute façon, les bières et les casse-croûtes étaient hors de prix. Le soir, il allait se laver dans la mer mais il ne s’attardait pas à cause de cette immensité tellement troublante ; assis sur le sable, il préférait admirer les couchers de soleil, les mirages, ces teintes nimbées qui déclinaient la journée avec des assortiments de couleurs qu’il n’avait jamais vus. Dans le noir de la nuit, il dormait la tête sur son casque, remplissant ses rêves avec les étoiles qui couraient au-dessus de sa tête…

Quand, animé par une télécommande lointaine, le portail s’ouvrait, il n’avait d’yeux que pour l’intérieur de cette propriété féerique. Un matin, tôt, l’artiste sortit dans la rue au guidon de sa bécane ; il le reconnut facilement à cause des franges de la veste qui ondulaient le long des manches, de ses lunettes de soleil et de ses cheveux blonds qui dansaient dans le vent. Avant qu’il n’esquisse un seul geste, Johnny était passé près de son antre. Au bord de la route, Raoul avait les mains sur les hanches, tout heureux d’avoir vu son idole de si près ; quel souvenir fabuleux, se dit-il, il en avait des frissons intenables. Cela le récompensait au-delà de tous ses sacrifices…

Là-bas, la moto s’était arrêtée ; elle fit demi-tour et revint lentement sur ses pas… Raoul regarda derrière lui pour voir s’il était vraiment le seul sur cette route ; Johnny s’arrêta à sa hauteur, il voulait du feu pour allumer sa clope ! Il tremblait, notre aficionado nordiste, ses jambes avaient du mal à le tenir ! Il ne fumait même pas pour lui offrir sa flamme !
Dans un souffle, réunissant tout son courage, il lui raconta son extravagante expédition ! Les privations du bord de la route ! Les nuits à la belle étoile ! Les sandwichs un jour sur deux ! La quête de son blouson des Hell’s Angel comme un impossible challenge !...

Johnny mit son engin sur la béquille ; il semblait amusé par l’arrogance sincère de cet improbable fan sorti de nulle part. Tout enivré de l’enchantement dans lequel il planait, Raoul lui parla de la mer fabuleuse, des couchers de soleil mirobolants, des bières hors de prix et de la grande place des motards dans son Nord natal ! Ha, s’il avait pu retenir le petit matin pour allonger son discours ! Interdit, ayant réalisé l’ampleur de ses mots, il se tut, tout à coup gêné par la sollicitation astronomique qui lui avait échappé des lèvres…

L’artiste se taisait, peut-être ému par toute cette authenticité naïve ; il avait ce genre de rictus qui donne d’office le bon dieu sans confession. C’est pour cela qu’on est tous amis avec Johnny, même si on ne le connaît pas ; on a tous un refrain d’une de ses chansons à siffloter au tournant de la journée ; on a tous cette idée du grand frère qu’il est de par sa grande notoriété interposée…

Conquis, il se défit de sa veste à franges et la tendit à Raoul : « Prends-la, je l’ai ramenée des US récemment, ce n’est pas mon blouson des Hell’s mais c’est tout comme… » dit-il en souriant. Comment refuser ?!... Sans bien réaliser l’événement, Raoul l’avait endossée sur les épaules. Le cuir sentait Johnny, il avait les formes de Johnny ; tout fier, il tourna sur lui-même pour affoler les franges, le temps d’un fabuleux manège…
Apercevant le casque de Raoul, l’artiste lui demanda où était sa bécane. « Mais je n’en ai pas, je suis venu en stop… » « Prends mon Harley, tu la mérites… »

Il était comme ça, notre Johnny national, plus généreux que princier, le cœur sur la main, offrant au plus acharné de ses supporters la même chose qu’à lui-même…

Raoul ne pouvait accepter mais Johnny allait se fâcher ; il se retrouva posé sur la selle de la puissante monture tel un chevalier anobli. « T’es sûr que tu n’as pas de feu ?... » insista Johnny en tirant sur sa clope… « Il y a quelques billets dans la poche intérieure de la veste, tu as de quoi rentrer chez toi… » rajouta t-il…

Je crois qu’ils se prirent dans les bras comme deux potes qui ne s’étaient pas vus depuis longtemps, l’un souhaitant à l’autre un bon retour et l’autre remerciant l’un avec des mots forcément pas assez forts pour exprimer sa gratitude. Après, je ne me souviens plus exactement le déroulement de cette aventure parce que j’avais les yeux qui pleuraient…

Tout à coup, j’ai entendu une pétarade de moteur, le claquement rugueux du passage de la vitesse et j’ai entrevu la moto qui s’éloignait dans un fin nuage de fumée bleue, la même couleur que la Méditerranée, tout à côté…

Marité - Allumer

Chère âme.


J'ai envie d'allumer la petite lampe de mon cerveau, de sonder mes souvenirs pour tenter de comprendre le pourquoi du comment et je promets de ne pas te laisser dans l'expectative. Ce serait trop bête, trop noir et ça ne me ressemble pas.

Bien à toi.